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96.2 Assurance

Emprunter avec un problème de santé : ce qui a changé

Un antécédent médical ne ferme plus la porte du crédit immobilier : plusieurs dispositifs se superposent, et beaucoup d’emprunteurs renoncent sans les avoir testés.

Femme préparant son dossier de prêt et ses documents à la maison

Il y a le projet, la visite, l’offre acceptée. Puis arrive le questionnaire de santé, et avec lui la question que beaucoup d’emprunteurs redoutent : faut-il déclarer ce cancer soigné il y a huit ans, ce diabète stabilisé, cette dépression traitée l’an dernier ? La crainte est presque toujours la même : que l’aveu fasse tomber le dossier.

Cette crainte était fondée il y a quinze ans. Elle l’est beaucoup moins aujourd’hui. Plusieurs dispositifs se sont empilés : un droit à l’oubli qui efface certaines pathologies passé un délai, une grille de référence qui impose d’assurer certains états de santé sans surcoût, une convention qui organise un réexamen des dossiers refusés, et surtout la suppression pure et simple du questionnaire de santé pour une large part des prêts immobiliers.

Le problème n’est donc plus tant le refus que la méconnaissance : beaucoup de personnes renoncent, mentent ou acceptent le premier contrat venu faute de savoir ce à quoi elles ont droit. Ce guide remet les dispositifs dans l’ordre, explique ce qui se passe réellement quand un dossier part en examen médical, détaille les issues possibles, acceptation, surprime, exclusion, refus, et ce qu’il reste à faire quand l’assurance ne suit pas.

Pourquoi la santé intervient-elle dans un crédit immobilier ?

L’assurance emprunteur n’est pas obligatoire au sens de la loi. Elle l’est en pratique : aucun prêteur n’accorde un crédit immobilier de longue durée sans se prémunir contre le décès et l’invalidité de l’emprunteur. Ce n’est donc pas la banque qui juge votre état de santé, mais l’assureur, qui doit estimer la probabilité d’avoir à rembourser le prêt à votre place. Cette distinction a des conséquences pratiques : le blocage se situe presque toujours du côté de l’assurance, et c’est là qu’il faut agir.

Deuxième point rassurant : le questionnaire de santé, lorsqu’il existe, n’est pas lu par le conseiller bancaire. Il est adressé sous pli confidentiel au service médical de l’assureur, tenu au secret médical. Votre banquier apprendra que le dossier est accepté, majoré ou refusé, pas de quoi vous souffrez. Si l’on vous demande de remplir un questionnaire médical à découvert, devant un interlocuteur commercial, exigez le circuit confidentiel : c’est une garantie, pas une faveur.

Dans quels cas n’y a-t-il plus aucun questionnaire de santé ?

C’est le changement le plus radical de ces dernières années, et le moins connu. Pour un prêt immobilier destiné à financer un bien à usage d’habitation, aucun questionnaire médical ni examen de santé ne peut être exigé lorsque deux conditions sont réunies simultanément : la part assurée sur la tête de l’emprunteur ne dépasse pas 200 000 €, et le remboursement du crédit s’achève avant son 60e anniversaire. Aucune pathologie, aussi lourde soit-elle, n’a alors à être déclarée.

Le plafond s’apprécie par personne assurée et sur l’ensemble des encours de crédit immobilier en cours. Pour un couple qui emprunte 380 000 € avec une quotité de 50 % chacun, la part assurée est de 190 000 € par tête : les deux emprunteurs restent sous le seuil. Le même couple, avec une couverture de 100 % sur chacun, sort du dispositif. Cette mécanique fait de la quotité, la fraction du capital couverte pour chaque assuré, un vrai paramètre de négociation lorsque la santé de l’un des deux est en jeu.

Le questionnaire de santé est-il exigible ? Trois situations types
SituationPart assurée par personneQuestionnaire exigible ?
Emprunteur seul, 180 000 €, fin de prêt à 54 ans180 000 €Non : les deux conditions sont remplies
Emprunteur seul, 240 000 €, fin de prêt à 50 ans240 000 €Oui : le plafond de 200 000 € est dépassé
Emprunteur seul, 150 000 €, fin de prêt à 63 ans150 000 €Oui : le crédit se termine après le 60e anniversaire
Couple, 380 000 € assurés à 50 % chacun, fin à 55 ans190 000 € chacunNon : chacun reste sous le plafond
Couple, 380 000 € assurés à 100 % chacun, fin à 55 ans380 000 € chacunOui : la quotité fait dépasser le plafond
Prêt professionnel ou crédit à la consommationSans objetOui : le dispositif vise l’immobilier d’habitation

Les deux conditions sont cumulatives : il suffit qu’une seule manque pour que le questionnaire redevienne exigible. Le seuil s’apprécie sur le cumul des encours immobiliers assurés de la personne.

Le droit à l’oubli : quand une maladie n’a plus à être déclarée

Le droit à l’oubli permet de ne pas déclarer certaines pathologies passé un délai. Il concerne les cancers et l’hépatite C : lorsque le protocole thérapeutique est achevé depuis plus de cinq ans et qu’aucune rechute n’est survenue, l’assureur ne peut ni exiger l’information, ni en tirer une majoration ou une exclusion. Le délai court à compter de la fin du protocole, c’est-à-dire de la dernière séquence de traitement actif, et non du diagnostic, une nuance qui change parfois l’éligibilité d’une année.

Ce délai unique de cinq ans, sans condition d’âge au moment du diagnostic, a remplacé un système plus restrictif qui distinguait selon l’âge et selon les pathologies. Il est donc utile de vérifier votre situation même si l’on vous a répondu non par le passé : un dossier examiné il y a quelques années sous les anciennes règles peut aujourd’hui relever du droit à l’oubli. Conservez précieusement le document médical attestant la date de fin de protocole : c’est la seule pièce qui compte pour faire valoir ce droit.

La grille de référence AERAS, pour les pathologies encore déclarables

Toutes les maladies ne relèvent pas du droit à l’oubli. Pour beaucoup d’autres, une grille de référence, annexée à la convention AERAS, fixe les conditions dans lesquelles l’assurance doit être proposée. Elle liste des pathologies, certains cancers à des stades définis, hépatite virale, mucoviscidose, VIH, diabète et d’autres affections chroniques, en indiquant pour chacune un délai après lequel l’assurance doit être accordée soit aux conditions standard du contrat, soit avec une majoration plafonnée.

Cette grille est régulièrement mise à jour, à mesure que les données médicales évoluent : des pathologies y entrent, des délais se raccourcissent. Il faut donc toujours consulter sa version en vigueur au moment du dossier, et ne jamais se fier à ce qu’on a lu ou entendu quelques années plus tôt. C’est le document que l’on peut opposer à un assureur : si votre situation correspond à une ligne de la grille, les conditions qu’elle prévoit s’imposent à lui.

Comment se déroule l’examen d’un dossier « risque aggravé »

Un dossier signalant un antécédent ne part pas directement à la poubelle : il change de circuit. Le premier niveau est l’analyse standard, automatisée, qui accepte la majorité des demandes. Lorsque le questionnaire révèle un élément particulier, le dossier passe à un examen individualisé par le service médical de l’assureur, qui peut demander des pièces complémentaires, comptes rendus, bilans, courriers de spécialistes. Si ce deuxième niveau ne débouche pas sur une proposition, un troisième niveau réunit un pool d’assureurs qui réexaminent le dossier ensemble.

Ce parcours prend du temps, et c’est précisément ce que les emprunteurs sous-estiment. La convention encadre les délais de réponse, mais il faut compter plusieurs semaines entre l’envoi du questionnaire, la demande de pièces, l’examen médical et la réponse écrite. Anticipez : lancez la recherche d’assurance dès la signature du compromis, sans attendre l’offre de prêt. Un dossier de santé instruit en parallèle du dossier bancaire évite la course contre la montre à quinze jours de l’expiration de la promesse de vente.

La marche à suivre, dans l’ordre

  1. Vérifiez d’abord si vous relevez de la dispense de questionnaire

    Calculez la part assurée sur votre tête et l’âge que vous aurez à la dernière échéance. Si les deux conditions sont remplies, la question médicale ne se pose tout simplement pas.

  2. Testez ensuite le droit à l’oubli

    Repérez la date de fin de votre protocole thérapeutique, pas celle du diagnostic. Au-delà de cinq ans sans rechute pour un cancer ou une hépatite C, la pathologie n’a pas à être déclarée.

  3. Consultez la grille de référence en vigueur

    Si votre pathologie y figure et que le délai prévu est écoulé, l’assurance doit vous être proposée aux conditions qu’elle fixe. Imprimez la ligne concernée et joignez-la à votre demande.

  4. Constituez un dossier médical complet et lisible

    Comptes rendus, résultats de bilans récents, attestation de fin de traitement, courrier de votre médecin précisant la stabilité de votre état. Un dossier documenté se traite mieux et plus vite qu’un questionnaire laconique.

  5. Mettez plusieurs assureurs en concurrence

    Les politiques de sélection médicale diffèrent d’un assureur à l’autre : un refus n’est jamais un verdict universel. La délégation d’assurance, y compris auprès d’acteurs spécialisés dans les risques aggravés, est un droit.

  6. Faites signaler votre dossier au titre de la convention

    Demandez explicitement que votre demande soit examinée dans le cadre AERAS et que la réponse vous soit motivée par écrit. C’est ce document qui ouvrira les recours si la décision ne vous convient pas.

Surprime, exclusion, refus : lire la proposition qu’on vous fait

Une proposition d’assurance avec antécédent se lit sur deux axes : le prix et le périmètre. Une surprime coûte plus cher mais laisse la couverture intacte. Une exclusion ne change rien au prix mais retire de la protection les conséquences d’une pathologie nommément désignée : en cas d’arrêt de travail ou d’invalidité liés à cette affection, l’assureur ne prendra pas le relais des échéances. Entre les deux, le choix dépend de la probabilité que le risque exclu se réalise, question à poser à son médecin, pas à son banquier.

Surprime ou exclusion : ce qu’on gagne, ce qu’on perd

Accepter une surprime

  • La couverture reste complète, y compris pour la pathologie déclarée
  • Le coût est connu d’avance et intégré au coût total du crédit
  • Un mécanisme de plafonnement existe pour les emprunteurs aux revenus modestes
  • La cotisation peut être renégociée plus tard, l’état de santé ayant évolué

Accepter une exclusion

  • La cotisation reste au tarif standard
  • Le trou de couverture porte sur ce qui est statistiquement le plus probable pour vous
  • En cas d’arrêt lié à la pathologie exclue, les échéances restent entièrement à votre charge
  • À examiner avec un médecin, en fonction du risque réel de récidive ou d’aggravation

La convention AERAS prévoit par ailleurs un mécanisme d’écrêtement : lorsque les revenus de l’emprunteur ne dépassent pas un plafond révisé chaque année et que le montant emprunté reste dans certaines limites, la part de surprime supportée est plafonnée par rapport au coût du crédit. Ce dispositif n’est pas automatique dans les faits : demandez-en explicitement l’application par écrit si votre situation semble y correspondre. Et rappelez-vous que le coût de l’assurance pèse lourd dans l’addition finale : comme le taux nominal ne dit pas tout du coût réel d’un prêt, c’est bien le coût total, assurance comprise, qu’il faut comparer d’une offre à l’autre.

Et si l’assurance est refusée ?

Un refus d’assurance n’est pas un refus de prêt. La banque veut une garantie ; l’assurance emprunteur en est une, particulièrement commode, mais pas la seule. Plusieurs solutions permettent de sécuriser le prêteur autrement : le nantissement d’un contrat d’épargne existant, une garantie hypothécaire renforcée, ou l’engagement d’un tiers. Cette dernière option mérite d’être pesée avec soin, car se porter caution engage lourdement celui qui signe et ne doit jamais être présentée en famille comme une simple formalité.

D’autres leviers portent sur la structure même du prêt : réduire la durée pour finir avant l’âge charnière, augmenter l’apport pour diminuer le capital assuré, ajuster les quotités entre co-emprunteurs, ou limiter la couverture à la seule garantie décès lorsque l’assureur refuse les garanties d’incapacité. Chacun de ces ajustements a un coût ou une contrepartie ; aucun n’est neutre, mais l’ensemble ouvre presque toujours une voie. Si la banque campe sur sa position malgré une garantie alternative solide, les recours ouverts après un refus de prêt restent mobilisables.

Contester une décision et faire jouer les recours

Toute décision défavorable doit être motivée par écrit et vous indiquer les voies de recours. Première étape : demander le réexamen du dossier en produisant des éléments médicaux complémentaires, en particulier si votre état s’est stabilisé depuis les pièces transmises. Deuxième étape : saisir la commission de médiation prévue par la convention AERAS, compétente pour examiner les cas dans lesquels le dispositif n’a pas été correctement appliqué. Cette saisine est gratuite et ne ferme aucune autre voie.

En parallèle, ne restez pas prisonnier du contrat proposé par la banque. La résiliation de l’assurance emprunteur est possible à tout moment, sans frais, à condition de présenter un contrat offrant des garanties au moins équivalentes : c’est le levier le plus efficace pour faire baisser une surprime une fois le crédit en cours et l’état de santé stabilisé. La procédure et les pièges à éviter sont détaillés dans notre guide sur le changement d’assurance de prêt.

Le fil conducteur de tous ces dispositifs est le même : un antécédent médical n’est plus censé décider seul de l’accès à la propriété. Encore faut-il les activer, et cela suppose de dire les choses plutôt que de les taire. L’expérience des associations de patients est constante sur ce point : les dossiers qui échouent sont rarement les plus lourds médicalement, ce sont les plus mal préparés, envoyés trop tard, sans pièces, sans mise en concurrence et sans mention de la convention. Le temps passé à monter correctement le dossier est celui qui rapporte le plus.

Vos questions fréquentes

Q1 Dans quels cas n’ai-je vraiment aucun questionnaire de santé à remplir ?
Deux conditions doivent être réunies en même temps, pour un prêt finançant un bien à usage d’habitation : la part de capital assurée sur votre tête ne dépasse pas 200 000 €, tous encours immobiliers confondus, et le crédit est intégralement remboursé avant votre 60e anniversaire. Si les deux sont satisfaites, aucun questionnaire ni examen médical ne peut vous être demandé, quelle que soit votre situation de santé. Il suffit qu’une seule condition manque pour que la sélection médicale redevienne applicable.
Q2 Le droit à l’oubli s’applique-t-il à toutes les maladies ?
Non. Il vise les cancers et l’hépatite C dont le protocole thérapeutique est terminé depuis plus de cinq ans, sans rechute constatée. Pour les autres pathologies, c’est la grille de référence annexée à la convention AERAS qui s’applique : elle prévoit, affection par affection, un délai au terme duquel l’assurance doit être proposée sans surprime ni exclusion, ou avec une majoration plafonnée. Cette grille étant régulièrement mise à jour, consultez sa version en vigueur au moment de votre demande plutôt qu’une information trouvée quelques années plus tôt.
Q3 Vaut-il mieux accepter une surprime ou une exclusion de garantie ?
Cela dépend entièrement du risque que représente pour vous la pathologie concernée. Une exclusion ne coûte rien immédiatement mais retire la couverture précisément là où vous êtes le plus susceptible d’en avoir besoin : en cas d’arrêt de travail lié à cette affection, les échéances restent intégralement à votre charge. La surprime coûte davantage mais laisse la protection entière. Posez la question du risque réel de récidive ou d’aggravation à votre médecin, puis chiffrez les deux options sur toute la durée du prêt avant de trancher.
Q4 Combien de temps faut-il compter pour un dossier avec antécédent ?
Plusieurs semaines, et parfois davantage lorsque des pièces médicales complémentaires sont demandées ou qu’un troisième niveau d’examen est saisi. La convention encadre les délais de réponse des assureurs et des banques, mais ils s’ajoutent les uns aux autres et s’allongent dès qu’un document manque. La bonne pratique consiste à engager la recherche d’assurance dès la signature du compromis de vente, en parallèle du dossier bancaire, plutôt qu’après réception de l’offre de prêt.
Q5 Que faire si tous les assureurs refusent de me couvrir ?
Un refus d’assurance n’interdit pas d’emprunter. Le prêteur cherche une garantie : le nantissement d’un contrat d’épargne, une garantie hypothécaire, l’engagement d’une caution ou une combinaison de ces solutions peuvent en tenir lieu. Il est aussi possible d’agir sur le prêt lui-même : durée raccourcie, apport augmenté, quotités redistribuées entre co-emprunteurs, ou couverture limitée à la seule garantie décès. Faites-vous accompagner par un courtier habitué aux risques aggravés, et demandez le réexamen de votre dossier par la commission de médiation de la convention.
Q6 Puis-je faire baisser ma surprime après la signature du prêt ?
Oui, et c’est un levier trop peu utilisé. L’assurance emprunteur peut être résiliée à tout moment, sans frais ni pénalité, dès lors que le nouveau contrat présente des garanties au moins équivalentes à celles exigées par le prêteur. Si votre état de santé s’est stabilisé, si le droit à l’oubli est devenu applicable ou si la grille de référence a évolué en votre faveur, une nouvelle demande peut aboutir à des conditions bien meilleures que celles obtenues à l’origine. Refaites l’exercice tous les deux ou trois ans.

Notre méthode. Cet article est rédigé par la rédaction de Banque.fm à partir du cadre réglementaire français en vigueur et des pratiques courantes du secteur bancaire. Les montants et plafonds cités sont ceux fixés par la réglementation ; les taux et tarifs commerciaux évoluent et doivent être vérifiés auprès de l'établissement avant toute décision. Banque.fm publie une information générale et ne délivre ni conseil en investissement, ni recommandation personnalisée.

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