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Compte bancaire inactif : que devient l’argent oublié ?

Un compte oublié n’est pas perdu : la banque doit vous chercher, l’argent est transféré à un organisme public, et il reste récupérable pendant des décennies.

Tiroir de commode entrouvert contenant de vieux carnets, des enveloppes jaunies et des lunettes

Un livret ouvert par vos parents à votre naissance. Un compte laissé derrière vous lors d’un déménagement, avec un reliquat dont vous ne vous souvenez plus. Le contrat d’un proche disparu, dont personne dans la famille n’a jamais retrouvé la trace. Ces situations sont beaucoup plus courantes qu’on ne l’imagine, et elles ont un nom juridique : la déshérence.

Longtemps, ces sommes dormaient indéfiniment dans les livres des établissements, grignotées par des frais de tenue de compte jusqu’à disparaître. Une loi est venue mettre de l’ordre dans ce mécanisme : elle définit précisément à partir de quand un compte est réputé inactif, impose à la banque de rechercher activement son titulaire, plafonne les frais qu’elle peut prélever, et organise le transfert des fonds vers un organisme public où ils restent réclamables pendant des décennies.

Ce guide décrit toute la chaîne, étape par étape : les délais qui déclenchent l’inactivité selon le type de compte, ce que la banque doit faire et vous notifier, le plafond des frais, le moment du transfert, la façon de rechercher gratuitement des avoirs oubliés, le sort particulier de l’assurance-vie et les réflexes qui évitent qu’un compte tombe dans l’oubli.

Quand un compte bancaire devient-il officiellement inactif ?

L’inactivité n’est pas une appréciation laissée au conseiller : c’est une définition légale, fondée sur deux conditions cumulatives. Il faut d’abord qu’aucune opération n’ait été effectuée à l’initiative du titulaire ou de son représentant sur une période donnée. Il faut ensuite que le titulaire ne se soit manifesté d’aucune manière auprès de l’établissement, ni appel enregistré, ni courrier, ni connexion à l’espace en ligne, ni opération sur un autre compte détenu dans la même banque.

Le délai d’inactivité selon le type de compte
Type de compteDélai sans opérationPoint d’attention
Compte courant, compte de dépôt12 moisUn prélèvement automatique récurrent n’empêche pas toujours le classement : il faut un acte du titulaire
Livret A, LDDS, autres livrets5 ansLa capitalisation annuelle des intérêts ne vaut pas opération
Plan d’épargne logement, compte à terme5 ans à compter du termeLe délai part de l’échéance du plan, pas de son ouverture
Compte-titres, plan d’épargne en actions5 ansLe versement de dividendes sur le compte espèces ne suffit pas
Compte d’un titulaire décédé12 mois après le décèsRégime spécifique : le transfert intervient beaucoup plus tôt

L’inactivité s’apprécie établissement par établissement : une activité dans une autre banque n’a aucun effet sur le compte concerné.

Une précision importante : l’inactivité s’apprécie de manière globale au sein d’un même établissement. Si vous détenez un compte courant très actif et un livret jamais touché dans la même banque, le livret n’est pas considéré comme inactif, puisque vous vous manifestez auprès de l’établissement. C’est le déménagement bancaire complet, ou le compte ouvert dans une banque où l’on n’a plus rien d’autre, qui crée le risque réel.

Que doit faire la banque une fois le compte déclaré inactif ?

Elle n’a pas le droit de laisser dormir le dossier. La loi lui impose trois obligations qui se cumulent, et dont le non-respect peut être sanctionné par le superviseur du secteur. La première est un recensement annuel : chaque établissement doit identifier les comptes inactifs qu’il détient, en dénombrer les titulaires et en publier le volume auprès des autorités. La deuxième est une obligation de recherche. La troisième est une obligation d’information.

Ce que la banque doit enclencher, dans l’ordre

  1. Le recensement annuel

    Chaque année, l’établissement identifie les comptes remplissant les critères d’inactivité, quel que soit leur solde, et en tient un état communiqué aux autorités de contrôle.

  2. La consultation du registre des décès

    La banque doit vérifier au moins une fois par an, auprès du répertoire national d’identification des personnes physiques, si les titulaires de comptes inactifs sont décédés.

  3. L’information du titulaire ou de ses ayants droit

    Elle doit informer par tout moyen le titulaire, son représentant légal ou les ayants droit connus des conséquences de l’inactivité, puis renouveler cette information avant le transfert.

  4. Le prélèvement plafonné des frais

    Seuls les frais expressément prévus par la réglementation peuvent être prélevés, dans la limite d’un plafond annuel fixé par décret et sans jamais rendre le solde débiteur.

  5. Le transfert à l’organisme public

    À l’expiration du délai légal, l’établissement transfère les avoirs à la Caisse des Dépôts et Consignations et clôture le compte, après une information préalable du titulaire.

  6. La conservation des données

    L’établissement conserve les informations permettant d’identifier le titulaire et de reconstituer l’historique, afin que la restitution reste possible bien après la clôture.

Combien la banque peut-elle facturer sur un compte inactif ?

Avant l’encadrement légal, certains comptes oubliés étaient purement et simplement absorbés par des frais annuels. Ce n’est plus possible. Les frais et commissions liés à l’inactivité sont désormais plafonnés par décret, en montant annuel, et ce plafond s’applique tous frais confondus pour un même compte. Deux garde-fous s’y ajoutent, et ils sont décisifs.

  • Les frais ne peuvent pas rendre le solde négatif : quand le compte est épuisé, le prélèvement s’arrête, et aucune dette ne se crée à votre encontre.
  • Les livrets réglementés sont hors champ : aucun frais de gestion ne peut être prélevé sur un Livret A ou un LDDS inactif, dont la gratuité est une caractéristique légale.
  • Le plafond est annuel et global : la banque ne peut pas empiler plusieurs lignes tarifaires pour dépasser le montant maximal fixé.
  • Les frais doivent figurer dans la brochure tarifaire de l’établissement, comme toute autre ligne de facturation.
  • Le plafond est révisable par voie réglementaire : vérifiez le montant en vigueur avant de contester une ligne qui vous paraît excessive.

Si une facturation vous paraît irrégulière, frais prélevés sur un livret réglementé, cumul dépassant le plafond, solde rendu débiteur, la marche à suivre est celle de toute contestation tarifaire : réclamation écrite au service dédié, puis saisine gratuite du médiateur en l’absence de réponse satisfaisante. Le raisonnement complet, avec les pièces à réunir et les délais à respecter, est décrit dans notre guide consacré aux frais bancaires et à leur contestation.

Où part l’argent après dix ans, et pour combien de temps ?

Au terme du délai légal, l’argent ne reste pas dans la banque et ne lui appartient pas davantage. Il est transféré à la Caisse des Dépôts et Consignations, un établissement public qui joue ici le rôle de gardien : les sommes y sont conservées, identifiées au nom de leur titulaire, et restituables sur demande. Ce transfert s’accompagne de la clôture du compte d’origine, après une information préalable adressée au titulaire ou à ses ayants droit.

La chronologie complète, du dernier mouvement à l’État
ÉtapeTitulaire vivantTitulaire décédé
Classement en compte inactif12 mois (compte courant) ou 5 ans (épargne)12 mois après le décès
Transfert à la Caisse des Dépôts10 ans après le début de l’inactivité3 ans après le décès
Période de réclamation possible20 ans après le transfert20 ans après le transfert
Acquisition définitive par l’État30 ans après le dernier mouvement27 ans après le décès

Ces durées sont fixées par la loi et s’appliquent quel que soit l’établissement d’origine ou le montant en jeu.

Retenez la logique d’ensemble plutôt que chaque durée : dix ans dans la banque, vingt ans chez le gardien public, puis acquisition définitive par l’État. Cela laisse une fenêtre de trente ans à compter du dernier mouvement pour réclamer des fonds, une durée considérable, largement suffisante pour retrouver un livret d’enfance ou un compte d’étudiant, à condition d’en avoir un jour connaissance.

Comment rechercher un compte ou un contrat oublié ?

Deux situations se distinguent, et elles n’appellent pas les mêmes démarches. Si le compte n’a pas encore été transféré, il est toujours dans la banque : c’est à elle qu’il faut s’adresser. S’il a été transféré, la recherche se fait auprès du service public dédié, gratuitement, et le résultat est immédiat.

La marche à suivre, du plus simple au plus long

  1. Interroger le service public de recherche

    La Caisse des Dépôts met à disposition un service en ligne gratuit, Ciclade, qui recense les sommes issues de comptes, livrets et contrats d’assurance-vie transférés. La recherche se fait sur l’état civil et ne coûte rien.

  2. Contacter directement l’établissement soupçonné

    Si vous savez ou pensez savoir dans quelle banque le compte a été ouvert, écrivez-lui en joignant une pièce d’identité et tout élément utile : ancienne adresse, période d’ouverture, nom de jeune fille.

  3. Consulter le fichier national des comptes bancaires

    Le fichier recensant les comptes ouverts en France est consultable par le titulaire lui-même, et par les héritiers pour une succession, sur justification de leur qualité.

  4. Rassembler les pièces d’une succession

    Pour un compte de défunt, préparez l’acte de décès, l’acte de notoriété ou l’attestation notariée établissant votre qualité d’héritier, et une pièce d’identité.

  5. Formuler la demande de restitution

    Une fois les avoirs identifiés, la demande se dépose en ligne avec les justificatifs numérisés. Le versement intervient par virement sur un compte à votre nom, après vérification du dossier.

Assurance-vie non réclamée : un régime à part

Les contrats d’assurance-vie obéissent à des règles voisines mais distinctes, car le problème n’y est pas l’oubli du titulaire : c’est l’ignorance du bénéficiaire. Des milliers de personnes sont désignées dans une clause bénéficiaire sans le savoir, et ne réclament donc jamais un capital qui leur revient. La loi impose pour cette raison à l’assureur des obligations de recherche renforcées.

Compte bancaire et contrat d’assurance-vie : deux logiques

Compte bancaire inactif

  • L’inactivité se mesure à l’absence d’opération du titulaire lui-même.
  • La banque doit informer le titulaire à sa dernière adresse connue.
  • Transfert au bout de dix ans d’inactivité, trois ans en cas de décès.
  • Le titulaire est le premier concerné : c’est souvent lui qui a oublié.

Contrat d’assurance-vie non réclamé

  • Le déclencheur est le décès de l’assuré, pas l’absence d’opération.
  • L’assureur doit rechercher activement le bénéficiaire désigné.
  • Transfert au bout de dix ans à compter de la connaissance du décès.
  • Le bénéficiaire ignore fréquemment jusqu’à l’existence du contrat.

Deux réflexes en découlent, aussi utiles l’un que l’autre. Côté souscripteur : rédiger une clause bénéficiaire précise, l’actualiser après chaque événement familial, et surtout dire à la personne concernée qu’elle est désignée, une clause parfaite ne sert à rien si personne n’en connaît l’existence. Côté héritier : interroger systématiquement le service public de recherche au moment d’une succession, même sans indice, la démarche étant gratuite et rapide.

Que se passe-t-il quand le titulaire est décédé ?

Le régime se durcit nettement, parce que les délais se raccourcissent. Un compte dont le titulaire est décédé devient inactif au bout de douze mois si aucun ayant droit ne s’est manifesté, et les avoirs sont transférés à la Caisse des Dépôts trois ans après le décès. Une succession qui traîne, un héritier introuvable ou une famille qui ignore l’existence du compte suffisent donc à déclencher le transfert bien plus vite que dans le cas d’un titulaire vivant.

Ces délais serrés rendent l’inventaire des avoirs prioritaire dès les premières semaines. Le notaire chargé de la succession interroge en principe le fichier national des comptes, mais rien n’interdit aux héritiers de faire eux-mêmes les vérifications, notamment auprès des établissements que le défunt a pu utiliser par le passé. Les modalités de blocage, de règlement des frais funéraires et de partage sont détaillées dans notre guide sur le compte bancaire au décès du titulaire.

Comment éviter qu’un compte tombe dans l’oubli ?

La prévention tient en quelques gestes, tous gratuits, et l’essentiel se joue au moment où l’on change de banque ou d’adresse. Un compte qu’on croit fermé et qui ne l’est pas est le point de départ le plus banal de toute cette mécanique : une clôture demandée par téléphone, jamais confirmée par écrit, et le compte continue d’exister avec un reliquat.

Un dernier point de vigilance concerne la clôture elle-même. Tant que la demande n’a pas été traitée et confirmée, le compte reste ouvert, avec les frais et les prélèvements qui vont avec. La procédure complète, les pièces à fournir et le délai à surveiller sont décrits pas à pas dans notre guide sur la clôture d’un compte bancaire.

Vos questions fréquentes

Q1 Mon compte a-t-il été fermé si je n’y ai pas touché depuis deux ans ?
Non. Passé douze mois sans opération, un compte courant est classé inactif, mais il n’est pas fermé pour autant : il continue d’exister, avec son solde, et vous pouvez le réactiver à tout moment par une simple opération ou en vous manifestant auprès de l’établissement. La clôture n’intervient qu’au moment du transfert des avoirs à la Caisse des Dépôts, dix ans après le début de l’inactivité. Vous avez donc largement le temps d’agir.
Q2 La banque peut-elle vider un petit compte oublié avec ses frais ?
Elle peut prélever des frais d’inactivité, mais dans une limite annuelle fixée par décret, et sans jamais rendre le solde négatif. Sur un compte de faible montant, ces frais peuvent effectivement finir par épuiser le solde, puis ils s’arrêtent : aucune dette ne se crée. Les livrets réglementés comme le Livret A et le LDDS échappent totalement à ces frais. Si vous constatez un prélèvement sur un livret réglementé, contestez-le par écrit sans attendre.
Q3 Comment savoir si un proche décédé avait un compte quelque part ?
Commencez par le service public de recherche des avoirs transférés, gratuit et accessible en ligne à partir de l’état civil du défunt : il couvre comptes, livrets et contrats d’assurance-vie déjà transférés. Pour les comptes encore actifs dans les banques, le fichier national recensant les comptes ouverts en France est consultable par les héritiers, sur justification de leur qualité, le notaire chargé de la succession l’interroge en principe systématiquement.
Q4 Un livret ouvert par mes parents dans mon enfance est-il perdu ?
Très probablement pas. Si les avoirs ont été transférés, ils sont conservés au nom du titulaire et réclamables pendant vingt ans après le transfert, soit une fenêtre totale de trente ans à compter du dernier mouvement. Recherchez d’abord votre nom sur le service public dédié, en pensant à essayer votre nom de naissance. Si rien ne ressort, le livret est peut-être encore dans la banque d’origine : écrivez-lui directement avec une pièce d’identité.
Q5 Que se passe-t-il si personne ne réclame l’argent au bout de trente ans ?
Les sommes non réclamées deviennent définitivement acquises à l’État, et il n’existe plus de recours après ce délai. C’est la seule situation où l’argent est réellement perdu pour la famille. La durée est volontairement longue pour laisser toutes ses chances à une réclamation, mais elle n’est pas extensible : d’où l’intérêt d’interroger le service de recherche dès qu’un doute existe, plutôt que de remettre la démarche à plus tard.
Q6 Faut-il payer pour récupérer des avoirs oubliés ?
Jamais. La recherche est gratuite, la demande de restitution également, et aucun frais de dossier n’est réclamé par l’organisme public. Les sociétés qui proposent de retrouver vos avoirs contre une commission ne disposent d’aucun accès privilégié. Traitez toute sollicitation spontanée sur ce thème, courriel, appel, message annonçant un avoir à récupérer, comme une tentative d’escroquerie tant que vous n’avez pas vérifié vous-même auprès du service officiel.

Notre méthode. Cet article est rédigé par la rédaction de Banque.fm à partir du cadre réglementaire français en vigueur et des pratiques courantes du secteur bancaire. Les montants et plafonds cités sont ceux fixés par la réglementation ; les taux et tarifs commerciaux évoluent et doivent être vérifiés auprès de l'établissement avant toute décision. Banque.fm publie une information générale et ne délivre ni conseil en investissement, ni recommandation personnalisée.

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