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Compte bancaire au décès : blocage, obsèques et succession

Dès que la banque apprend le décès, les comptes individuels se figent et les procurations tombent : tout se joue ensuite sur le type de produit et sur les papiers présentés.

Classeur de papiers administratifs ouvert sur une table de salon, lunettes et stylo posés à côté

Un décès déclenche, du côté de la banque, une mécanique qui surprend presque toujours les proches : les comptes du défunt ne se ferment pas, ils se figent. Plus aucun retrait, plus aucun paiement, plus aucun prélèvement, y compris ceux qui servaient à payer le loyer, l’électricité ou la maison de retraite. Cette immobilisation n’est pas une décision commerciale de l’établissement. Elle protège les héritiers : à la seconde du décès, les sommes présentes sur le compte cessent d’appartenir au défunt pour appartenir à la succession, c’est-à-dire à un ensemble de personnes qui ne sont pas encore identifiées officiellement.

Autour de ce principe, il existe des exceptions concrètes et très utiles : le compte joint qui continue de fonctionner, la facture d’obsèques que la banque peut régler directement, la petite succession que les héritiers débloquent sans passer par un notaire. Encore faut-il savoir ce qui s’applique à quelle situation, avec quels documents, et dans quel ordre agir.

Ce guide suit la chronologie réelle, du signalement du décès jusqu’au versement des fonds, produit par produit : compte courant, compte joint, livrets réglementés, plan d’épargne, assurance-vie, coffre-fort, découvert et crédits en cours.

Que devient le compte dès que la banque apprend le décès ?

Le blocage n’est pas automatique au sens informatique du terme : il se déclenche le jour où l’établissement reçoit l’information, pas le jour du décès. Entre les deux, des opérations peuvent encore passer, et elles seront régularisées ensuite. Une fois l’information enregistrée, la banque immobilise le solde, refuse les retraits et les paiements par carte, et met fin aux moyens de paiement : la carte bancaire et le chéquier doivent être restitués ou détruits. Le compte n’est pas clôturé pour autant, il reste ouvert, sans mouvement libre, jusqu’au règlement de la succession.

Le point le plus mal connu concerne les procurations. Une procuration donnée de son vivant à un enfant ou à un conjoint prend fin au décès, sans exception et sans formalité. Continuer à utiliser la carte du défunt ou à retirer de l’argent avec ses codes, même pour régler des dépenses parfaitement légitimes du foyer, revient à disposer de biens qui appartiennent désormais à l’ensemble des héritiers. C’est une source classique de conflits familiaux, et la banque, qui conserve la trace de chaque opération, sera interrogée dessus.

Quels comptes sont bloqués, lesquels continuent de fonctionner ?

Sort des principaux comptes au décès d’un titulaire
Type de compteCe qui se passeQui peut agir ensuite
Compte individuelBloqué à réception de l’information, moyens de paiement annulésLes héritiers, ensemble, ou le notaire
Compte joint (Monsieur ou Madame)Continue de fonctionner au nom du survivantLe cotitulaire survivant, sauf opposition d’un héritier
Compte indivis (Monsieur et Madame)Bloqué, car la signature de tous les titulaires est requiseLes héritiers et le cotitulaire survivant, ensemble
Compte d’un enfant mineur du défuntNon concerné par le blocage, mais l’administration changeLe parent survivant ou le tuteur désigné
Coffre-fortScellé jusqu’à l’ouverture en présence des ayants droitLe notaire, avec les héritiers

Un compte joint peut être bloqué à la demande d’un héritier qui conteste les mouvements : la survie du compte est la règle, pas une garantie.

La distinction entre le « ou » et le « et » vaut de l’or dans ces moments-là. Un compte ouvert au nom de Monsieur ou Madame permet à chacun d’agir seul : le survivant continue donc à payer les charges du foyer sans interruption, ce qui évite bien des découverts. Un compte ouvert au nom de Monsieur et Madame exige au contraire les deux signatures, il se retrouve donc figé. Attention toutefois : la moitié du solde d’un compte joint est en principe réputée appartenir au défunt et entre dans la succession, même si le compte reste utilisable. Les mêmes mécanismes se retrouvent lorsqu’un couple se sépare, une situation où il faut alors désolidariser le compte joint pour éviter de rester engagé.

Comment signaler le décès et quels documents fournir ?

La marche à suivre auprès de chaque établissement

  1. Rassembler les actes de décès

    La mairie du lieu de décès délivre gratuitement des copies intégrales de l’acte. Demandez-en une dizaine d’emblée : chaque banque, chaque assureur, chaque caisse de retraite en réclamera un exemplaire original, et repasser à la mairie deux semaines plus tard fait perdre un temps précieux.

  2. Écrire à chaque banque

    Un courrier recommandé, ou le formulaire de déclaration de succession proposé en agence, suffit. Y joindre l’acte de décès, la liste des comptes connus et vos coordonnées. Demandez expressément un relevé de la situation des comptes au jour du décès : ce document servira ensuite au notaire comme à l’administration fiscale.

  3. Restituer les moyens de paiement

    Cartes et chéquiers du défunt doivent revenir à la banque ou être détruits. Signalez également les prélèvements à arrêter et ceux à basculer sur un autre compte, notamment ceux qui concernent le logement, l’énergie ou une complémentaire santé.

  4. Faire le point sur les revenus attendus

    Pension de retraite, salaire, allocations : les organismes récupèrent souvent les sommes versées après le décès. Prévenez-les directement plutôt que de laisser la banque rejeter les opérations, ce qui déclenche des relances et parfois des frais.

  5. Décider si un notaire est nécessaire

    Il l’est dès qu’il y a un bien immobilier, un testament, une donation entre époux ou un patrimoine significatif. En son absence, les héritiers peuvent traiter directement avec les banques si la succession reste modeste.

Un conseil très pratique : constituez un dossier unique, papier ou numérique, qui centralise l’acte de décès, le livret de famille, la liste des établissements contactés et la date de chaque envoi. Les mêmes pièces seront réclamées cinq ou six fois par des interlocuteurs différents, et les délais de traitement varient énormément d’un établissement à l’autre. Savoir qui a reçu quoi, et quand, est la seule manière de relancer efficacement sans tout recommencer.

Peut-on payer les obsèques avec l’argent du défunt ?

Oui, et c’est la principale exception au blocage. La loi autorise la banque à régler directement la facture des obsèques par prélèvement sur les comptes du défunt, dans la limite d’un plafond fixé par arrêté. La demande est faite par la personne qui a réglé ou doit régler les funérailles, sur présentation de la facture de l’opérateur funéraire. Deux conditions s’ajoutent : le compte doit être suffisamment approvisionné, et la banque paie l’entreprise de pompes funèbres, pas le proche, sauf si celui-ci a déjà avancé les fonds et présente une facture acquittée.

Comment débloquer une succession de faible montant sans notaire ?

Quand le patrimoine se limite à quelques comptes bancaires, recourir à un notaire coûte souvent plus cher que ce que la succession contient. La loi prévoit donc une procédure allégée : en dessous d’un seuil réglementaire, les héritiers obtiennent la clôture des comptes et le versement des sommes sur présentation d’une attestation signée par l’ensemble d’entre eux, sans acte notarié. Ce seuil se situe autour de quelques milliers d’euros et il est revalorisé périodiquement : demandez à la banque le montant qu’elle applique avant d’engager la démarche, plutôt que de vous fier à un chiffre lu ailleurs.

Le point de blocage le plus fréquent tient à l’unanimité : il suffit qu’un héritier éloigné refuse de signer, ou reste injoignable, pour que la procédure simplifiée tombe. Dans ce cas, il n’y a pas d’alternative au notaire, qui établira un acte de notoriété désignant officiellement les ayants droit. Autre limite à connaître : cette voie simplifiée sert à récupérer des fonds, pas à trancher leur répartition. Le partage entre héritiers reste une affaire entre eux, et une signature sur l’attestation ne vaut pas renoncement à sa part.

Que deviennent les livrets, le PEA et l’assurance-vie ?

Traitement des produits d’épargne au décès du titulaire
ProduitSort au décèsPoint à retenir
Livret A, LDDS, LEPClôturés, le solde rejoint la successionCes livrets sont strictement personnels et ne se transmettent pas
PEL et CELClôturés, capital et intérêts versés à la successionLes droits à prêt peuvent parfois bénéficier aux héritiers
PEAClôturé à la date du décèsLes titres peuvent être transférés sur un compte-titres ordinaire
Compte-titresBloqué puis transmis selon les règles de la successionLa valeur retenue est celle du jour du décès
Assurance-vieVersée aux bénéficiaires désignés dans le contratHors succession civile, dans un cadre fiscal distinct

Un livret ouvert au nom d’un enfant mineur n’est pas concerné : il appartient à l’enfant, pas au parent décédé.

L’assurance-vie mérite une mention particulière parce qu’elle échappe à la logique du blocage. Le capital n’appartient pas à la succession mais aux personnes nommées dans la clause bénéficiaire : elles s’adressent directement à l’assureur, avec l’acte de décès et une pièce d’identité, sans attendre le règlement du reste. Les fonds sont couverts par une garantie propre au secteur de l’assurance, distincte de celle qui protège les dépôts bancaires. Pour les livrets réglementés, le raisonnement est inverse et beaucoup plus simple : ils sont nominatifs et disparaissent avec leur titulaire, comme le rappellent les conditions d’ouverture d’un Livret A, qui limitent chaque personne à un seul livret.

Qui paie le découvert, les crédits et les frais qui restent ?

Ce qui pèse sur la succession et ce qui lui échappe

Entre dans la succession

  • Le solde des comptes du défunt, positif comme négatif
  • Le découvert utilisé et les intérêts débiteurs qui courent
  • Les crédits en cours non couverts par une assurance emprunteur
  • Les impôts et charges dus au jour du décès
  • La moitié présumée du solde d’un compte joint

Suit un autre chemin

  • Le capital d’assurance-vie versé aux bénéficiaires désignés
  • La part de crédit prise en charge par l’assurance emprunteur
  • Les comptes appartenant en propre aux enfants mineurs
  • Les biens détenus par le conjoint survivant en propre
  • Le capital décès versé par un régime de prévoyance

Les héritiers ne sont pas condamnés à assumer un passif qu’ils n’ont pas choisi. Trois options existent : accepter purement et simplement la succession, l’accepter à concurrence de l’actif net, ce qui limite la charge des dettes à la valeur de ce qui est reçu, ou y renoncer. La deuxième option est celle qu’on oublie le plus souvent alors qu’elle protège efficacement quand la situation financière du défunt est incertaine. Vérifiez systématiquement s’il existait une assurance emprunteur sur les crédits en cours : quand elle joue, elle solde le capital restant dû et change complètement l’équation.

Comment retrouver un compte ou un contrat oublié du défunt ?

Rares sont les familles qui connaissent l’intégralité des comptes d’un proche. Un vieux livret ouvert dans une banque quittée depuis vingt ans, un contrat souscrit par l’intermédiaire d’un employeur, un plan d’épargne oublié : ces avoirs existent en grand nombre. Plusieurs dispositifs publics permettent de les retrouver, et ils sont gratuits. Le mécanisme se rapproche de celui qui s’applique à un compte bancaire resté sans mouvement, transféré au bout de plusieurs années à la Caisse des dépôts avant de revenir, sur demande, à son propriétaire ou à ses ayants droit.

  • Le fichier national des comptes bancaires, tenu par l’administration fiscale, recense tous les comptes ouverts en France au nom d’une personne : notaire et héritiers peuvent le consulter sur justification de leur qualité.
  • Un organisme professionnel dédié permet d’interroger l’ensemble des assureurs pour savoir si le défunt avait souscrit un contrat d’assurance-vie, et si vous en êtes bénéficiaire.
  • Le service public de recherche des avoirs en déshérence, alimenté par les comptes et contrats inactifs transférés à la Caisse des dépôts, se consulte librement avec le nom et la date de naissance.
  • Les relevés bancaires et les avis d’imposition du défunt restent la piste la plus rapide : un intérêt crédité une fois par an trahit un livret que personne n’avait en tête.

Que faire si le déblocage des fonds traîne ?

Les délais de traitement d’une succession bancaire s’étirent facilement sur plusieurs mois, et l’absence de réponse est le motif d’insatisfaction le plus courant. La première étape est une réclamation écrite adressée au service dédié de l’établissement, en rappelant les dates d’envoi de chaque pièce. Si aucune réponse satisfaisante n’arrive dans un délai raisonnable, le dossier peut être porté devant le médiateur bancaire de l’établissement, dont la saisine est gratuite et suspend la prescription. Le médiateur ne tranche pas le partage entre héritiers, en revanche il est compétent sur la lenteur, les frais facturés et la qualité de l’information donnée.

Vos questions fréquentes

Q1 Peut-on retirer de l’argent sur le compte d’une personne décédée ?
Non, dès lors que la banque est informée du décès. Le solde appartient à la succession et non plus au défunt, et les procurations prennent fin le jour même. Utiliser la carte ou les codes du défunt, même pour régler des dépenses du foyer parfaitement légitimes, engage votre responsabilité envers les autres héritiers, d’autant que chaque opération est tracée par la banque. Les seules dépenses réglables sur les comptes bloqués sont celles que la loi autorise expressément, au premier rang desquelles la facture d’obsèques, dans la limite d’un plafond réglementaire.
Q2 Le compte joint est-il bloqué au décès d’un cotitulaire ?
En principe non, si le compte est ouvert au nom de Monsieur ou Madame : le survivant continue d’en disposer seul, ce qui lui permet de payer les charges courantes sans interruption. Deux réserves importantes : un héritier ou le notaire peut demander le blocage s’il conteste les mouvements, et la moitié du solde est présumée appartenir au défunt, donc entrer dans la succession. Un compte ouvert au nom de Monsieur et Madame, qui exige les deux signatures, est en revanche bloqué comme un compte individuel.
Q3 Faut-il obligatoirement un notaire pour débloquer les comptes ?
Pas toujours. Lorsque la succession reste sous un seuil réglementaire et qu’elle ne comporte ni bien immobilier, ni testament, ni contrat de mariage, ni donation entre époux, les héritiers peuvent obtenir le versement des fonds sur une simple attestation signée par tous. Au-delà de ce seuil, ou en présence de l’un de ces éléments, un acte de notoriété établi par un notaire devient nécessaire. Le seuil étant revalorisé de temps à autre, demandez à la banque le montant qu’elle applique au moment de votre démarche.
Q4 Que devient le Livret A d’une personne décédée ?
Il est clôturé. Le Livret A, comme le LDDS et le LEP, est un produit strictement personnel qui ne se transmet pas : il n’est pas possible pour un héritier d’en reprendre la titularité, d’autant que chacun ne peut en détenir qu’un seul. La banque arrête le calcul des intérêts, clôture le livret et verse le capital ainsi que les intérêts acquis à la succession, où la somme sera partagée selon les règles applicables. Le même traitement s’applique au PEL, au CEL et au PEA.
Q5 L’assurance-vie du défunt entre-t-elle dans la succession ?
Non dans le cas général. Le capital est versé aux personnes désignées dans la clause bénéficiaire du contrat, qui s’adressent directement à l’assureur avec l’acte de décès et une pièce d’identité, sans attendre le règlement du reste de la succession. C’est précisément ce qui fait l’intérêt du contrat. Deux situations font exception : l’absence de bénéficiaire désigné, auquel cas le capital rejoint la succession, et des versements manifestement excessifs au regard du patrimoine, qui peuvent être réintégrés à la demande des héritiers.
Q6 Combien de temps la banque met-elle à débloquer les fonds ?
Aucun délai légal uniforme ne s’impose, et la pratique varie fortement selon les établissements et la complexité du dossier : quelques semaines pour une succession simple traitée sans notaire, plusieurs mois dès qu’un acte notarié, un contrat d’assurance ou un héritier difficile à joindre entrent en jeu. Pour accélérer, envoyez les pièces complètes en une seule fois, conservez la date de chaque envoi et relancez par écrit. En cas d’enlisement, la réclamation puis la saisine du médiateur bancaire sont gratuites.

Notre méthode. Cet article est rédigé par la rédaction de Banque.fm à partir du cadre réglementaire français en vigueur et des pratiques courantes du secteur bancaire. Les montants et plafonds cités sont ceux fixés par la réglementation ; les taux et tarifs commerciaux évoluent et doivent être vérifiés auprès de l'établissement avant toute décision. Banque.fm publie une information générale et ne délivre ni conseil en investissement, ni recommandation personnalisée.

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