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Acheter à deux sans être mariés : ce qu’il faut verrouiller

Sans mariage, aucun régime ne vient corriger les oublis de l’acte d’achat : tout ce qui n’a pas été écrit chez le notaire devient un problème le jour de la rupture ou du décès.

Couple examinant un plan de logement dans un séjour vide fraîchement repeint

Vous achetez ensemble, vous n’êtes pas mariés, et tout le monde vous rassure : « de toute façon, on met 50-50 ». C’est précisément la phrase qui produit le plus de litiges quelques années plus tard. Parce qu’en l’absence de mariage, il n’existe aucun régime légal pour rattraper ce que l’acte n’a pas prévu. Ce que vous écrivez chez le notaire fait loi, y compris quand cela ne correspond pas à la réalité de ce que chacun a payé.

Le problème n’est pas l’achat en lui-même, qui se déroule sans difficulté particulière. Il est dans les deux moments que personne n’a envie d’évoquer au moment de signer : la séparation et le décès. Dans le premier cas, la solidarité du prêt survit à la rupture du couple. Dans le second, le survivant peut se retrouver co-propriétaire avec les parents ou les enfants du défunt, sans aucun droit à rester dans le logement.

Rien de tout cela n’est une fatalité, et les outils pour s’en protéger sont connus, peu coûteux et disponibles au moment de l’achat. Ce guide détaille comment fixer des quotes-parts justes, ce que la banque continuera d’exiger de chacun en cas de séparation, quelles quotités d’assurance choisir, et quels documents rédiger pour que le décès ne prenne pas le survivant en tenaille.

Ce que change l’absence de mariage, et ce qu’elle ne change pas

Le mariage crée un régime matrimonial, c’est-à-dire un ensemble de règles automatiques qui organisent la propriété, la contribution aux charges et la transmission. Ni le PACS ni le concubinage ne produisent cet effet. Un partenaire pacsé et un concubin achètent donc dans le cadre du droit commun : l’indivision. Chacun devient propriétaire d’une fraction du bien, exprimée en pourcentage, et non d’une pièce ou d’une surface identifiable. Personne n’a « sa moitié » du logement : chacun a un droit sur la totalité, à hauteur de sa quote-part.

Ce que l’absence de mariage ne change pas, en revanche, c’est le regard de la banque. Face à un dossier de prêt, deux co-emprunteurs non mariés sont traités comme n’importe quel couple : on additionne les revenus, on examine les charges, on apprécie la capacité globale. Le statut du couple n’a pratiquement aucune incidence sur l’obtention du crédit ou sur les conditions proposées. Les précautions à prendre ne concernent donc pas le financement, mais la propriété et sa sortie.

PACS et concubinage : les différences qui comptent à l’achat

Partenaires de PACS

  • Achat en indivision selon les quotes-parts inscrites dans l’acte
  • Obligation légale d’aide matérielle réciproque entre partenaires
  • Exonération de droits de succession si le partenaire est désigné par testament
  • Jouissance gratuite du logement pendant un an après le décès, sous conditions
  • Attribution préférentielle du logement possible si le défunt l’a prévue

Concubins (union libre)

  • Achat en indivision, sur le même principe de quotes-parts
  • Aucune obligation légale de contribution entre concubins
  • Droits de succession au taux applicable entre personnes non parentes
  • Aucun droit au maintien dans le logement après le décès
  • Aucune attribution préférentielle possible

Les quotes-parts : le chiffre le plus important de l’acte

La quote-part inscrite dans l’acte de vente détermine qui possède quoi, et elle sera opposable à tout le monde : à vous deux, à vos héritiers, au fisc, au juge. Elle doit donc refléter la contribution réelle de chacun au financement, apport personnel et remboursement du prêt confondus. Si vous apportez 60 000 € et votre partenaire 20 000 €, et que vous remboursez ensuite le prêt à parts égales, une répartition à 50-50 ne correspond à rien. Elle transfère silencieusement de la valeur d’un patrimoine à l’autre.

Le calcul n’a rien de mystérieux. On additionne, pour chacun, l’apport versé et la part du capital emprunté qu’il financera effectivement, puis on ramène le tout au prix global de l’opération, frais compris. Le résultat donne un pourcentage, qu’on arrondit raisonnablement. Le notaire fera ce calcul si vous le lui demandez, mais il ne le fera pas d’office : il inscrit ce que les acquéreurs déclarent. C’est à vous de soulever la question, idéalement avant le rendez-vous de signature.

Le prêt : une solidarité qui survit à la séparation

Quand deux personnes empruntent ensemble, elles signent presque toujours en tant que co-emprunteurs solidaires. La solidarité signifie que la banque peut réclamer à chacun la totalité de la dette, et non la moitié. Ce n’est pas une clause de style : c’est le cœur de la garantie du prêteur. Elle produit ses effets tant que le prêt existe, indépendamment de ce que devient le couple. Une rupture, un déménagement, un accord écrit entre vous : rien de tout cela ne concerne la banque.

En pratique, cela veut dire qu’après une séparation, celui qui a quitté le logement reste tenu des mensualités si l’autre cesse de payer. Sortir du prêt suppose une désolidarisation, qui n’est jamais un droit : la banque l’accorde ou la refuse, en fonction de la capacité de celui qui reste à porter seul l’emprunt. Elle exigera souvent une garantie supplémentaire, et facturera l’avenant. Anticipez ce point en comparant les conditions au moment du choix du prêt, car tous les éléments du crédit ne se résument pas au taux affiché.

Quelles quotités d’assurance emprunteur choisir ?

L’assurance emprunteur couvre le prêt à hauteur d’un pourcentage attribué à chaque tête, appelé quotité. Le total doit atteindre au minimum 100 %, mais il peut aller jusqu’à 200 %. C’est l’une des rares décisions du dossier dont l’effet est immédiatement mesurable en cas de drame, et c’est aussi celle que les couples non mariés bâclent le plus souvent, parce qu’elle coûte plus cher au moment de signer.

Ce que produit chaque répartition de quotités
RépartitionEn cas de décès de l’unCoût de l’assurance
50 % / 50 %La moitié du capital restant est prise en charge, le survivant continue de rembourser l’autre moitiéLe plus faible
70 % / 30 %Prise en charge proportionnelle à la quotité du défuntIntermédiaire
100 % / 100 %La totalité du capital restant est prise en charge, le survivant n’a plus rien à rembourserLe plus élevé

Tableau pédagogique. La quotité se choisit tête par tête et peut être ajustée en cours de prêt, notamment lors d’un changement de contrat.

Pour un couple non marié, la question mérite d’être posée franchement : sans mariage, le survivant n’aura ni pension de réversion automatique du régime général au titre du concubinage, ni les protections successorales d’un époux. Une couverture à 100 % sur chaque tête est souvent le seul mécanisme qui évite de devoir vendre dans l’urgence. La quotité n’est d’ailleurs pas gravée dans le marbre : elle peut être revue quand on change de contrat d’assurance emprunteur en cours de prêt.

Ce qui se passe en cas de séparation

L’indivision repose sur un principe simple, posé par le code civil : nul ne peut être contraint de demeurer dans l’indivision. Chacun peut donc en demander la sortie à tout moment, et si l’autre refuse, saisir le juge pour obtenir le partage. Cette liberté est protectrice quand on veut sortir, et redoutable quand on veut rester : votre ex-partenaire peut vous obliger à racheter sa part ou, à défaut, à vendre le bien, y compris aux enchères si aucun accord n’émerge. Dans tous les cas de vente, comptez aussi le coût et le délai de la mainlevée de l’hypothèque, formalité que beaucoup découvrent au dernier moment.

Les scénarios de sortie, du plus simple au plus lourd

  1. L’un rachète la part de l’autre

    C’est la solution la plus fréquente et la plus rapide. Elle suppose deux accords distincts : celui de l’autre indivisaire sur le prix, et celui de la banque sur la désolidarisation du prêt. Le passage devant notaire est obligatoire et des droits de partage sont dus, dont le taux dépend de la nature de l’indivision.

  2. La vente amiable à un tiers

    Le prix se répartit selon les quotes-parts, après remboursement du capital restant dû et mainlevée de la garantie. Prévoyez les frais et les délais de cette formalité, qui s’ajoutent aux frais de notaire de la vente.

  3. Le maintien temporaire en indivision

    Possible si les deux y consentent, par exemple le temps que des enfants terminent une année scolaire. À formaliser par écrit : qui habite, qui paie quoi, pour combien de temps, et ce qui se passe à l’échéance.

  4. Le partage judiciaire

    En cas de blocage, le juge peut ordonner le partage et, si le bien n’est pas divisible, sa vente sur licitation. C’est la voie la plus longue, la plus coûteuse et celle qui valorise le moins le bien. Tout l’intérêt d’une convention d’indivision est d’en réduire la probabilité.

Ce qui se passe en cas de décès : le vrai point aveugle

C’est ici que l’absence de mariage produit ses effets les plus brutaux, et c’est aussi le sujet le moins abordé au moment de l’achat. Ni le concubin ni le partenaire de PACS ne sont héritiers légaux. La quote-part du défunt part donc à ses héritiers : ses enfants, ou à défaut ses parents, ses frères et sœurs. Le survivant se retrouve en indivision avec eux, dans un logement qu’il occupe, avec des co-indivisaires qui peuvent parfaitement demander le partage, et donc la vente.

Le testament est la parade centrale, et elle est peu coûteuse. Il permet de léguer sa quote-part à l’autre, dans la limite de la part réservée aux enfants s’il y en a. Pour un partenaire de PACS, le legs présente un avantage décisif : il bénéficie de l’exonération de droits de succession réservée au conjoint et au partenaire pacsé. Pour un concubin, le legs fonctionne aussi, mais la fiscalité applicable entre personnes non parentes en réduit fortement l’intérêt pratique.

Convention d’indivision, tontine ou société : quel outil pour quoi

Trois montages reviennent systématiquement dans les conseils, et ils ne servent pas du tout la même chose. Les confondre conduit à choisir un outil disproportionné, voire dangereux. Le bon réflexe est de partir du risque que vous voulez couvrir en priorité, le conflit de gestion, la sortie brutale, ou la protection du survivant, puis de choisir l’instrument correspondant, plutôt que d’adopter un dispositif parce qu’il a été recommandé à un proche dans une situation différente.

Trois outils, trois objectifs distincts
OutilCe qu’il apporteSa limite principale
Convention d’indivisionOrganise la gestion, les charges, l’occupation, et peut suspendre le droit de demander le partage pour une durée déterminéeNe protège pas le survivant en cas de décès
TestamentPermet de léguer sa quote-part à l’autreNe peut pas entamer la part réservée aux enfants
Clause de tontineAu décès du premier, l’autre est réputé seul propriétaire depuis l’origineAucune sortie possible sans accord des deux, et rien ne revient aux héritiers
Société civile immobilièreSouplesse de gestion et transmission progressive de partsFormalisme, comptabilité et frais de fonctionnement permanents

La convention d’indivision portant sur un immeuble doit être établie par écrit devant notaire. Le choix d’un montage mérite un rendez-vous dédié : son coût est marginal au regard de l’enjeu.

Les décisions à prendre avant de signer

Toutes ces décisions se prennent au même moment, celui de la préparation de l’acte, et coûtent alors très peu. Reprises après coup, elles supposent un nouvel acte, de nouveaux frais et surtout l’accord de l’autre, accord qu’on n’obtient plus quand la relation se dégrade. C’est la raison pour laquelle il faut accepter d’avoir cette conversation désagréable pendant que tout va bien, plutôt que de compter sur la bonne entente future.

Un dernier conseil très concret, qui règle beaucoup de contentieux à lui seul : faites passer les remboursements du prêt et les grosses dépenses par un compte identifiable, et conservez la trace des versements de chacun. En cas de désaccord ultérieur sur qui a réellement financé quoi, ce sont ces relevés qui trancheront. Les souvenirs divergent toujours, les écritures bancaires jamais.

Vos questions fréquentes

Q1 Vaut-il mieux se pacser avant d’acheter ensemble ?
Le PACS ne change rien au mécanisme de l’achat, qui reste une indivision avec des quotes-parts. Il change en revanche beaucoup de choses en cas de décès : le partenaire désigné par testament est exonéré de droits de succession, il bénéficie d’un droit temporaire de jouissance du logement et peut se voir attribuer préférentiellement le bien si le défunt l’a prévu. À coût quasi nul, c’est le geste au meilleur rapport protection/effort pour un couple non marié qui achète.
Q2 Peut-on modifier les quotes-parts après l’achat ?
Oui, mais cela suppose un nouvel acte notarié et l’accord des deux indivisaires, avec des frais et une fiscalité qui dépendent de la nature de l’opération : une cession de quote-part n’est pas neutre, et un transfert sans contrepartie peut être requalifié en donation. C’est nettement plus lourd que de fixer la bonne répartition au départ. Si vous avez un doute au moment de signer, faites établir le calcul par le notaire plutôt que de reporter la question.
Q3 Que se passe-t-il si l’un cesse de payer sa part de mensualité ?
Vis-à-vis de la banque, rien ne change : la solidarité l’autorise à réclamer la totalité à l’autre co-emprunteur, qui devra payer pour éviter les incidents et le fichage. Entre vous, celui qui a payé au-delà de sa part disposera d’une créance sur l’autre, valorisée au moment du partage, à condition de pouvoir la prouver. Conservez donc systématiquement les justificatifs des versements effectués seul, ils seront décisifs lors du règlement des comptes.
Q4 Le survivant peut-il être contraint de vendre après un décès ?
Oui, si aucune disposition n’a été prise. Les héritiers du défunt deviennent co-indivisaires et peuvent demander le partage, ce qui aboutit à un rachat de leur part ou à la vente du bien. Un partenaire de PACS dispose d’un délai de jouissance du logement après le décès, mais ce délai est limité et ne règle pas la propriété. Seuls un testament, une clause de tontine ou un montage sociétaire mettent véritablement le survivant à l’abri.
Q5 La clause de tontine est-elle la meilleure protection ?
Elle est la plus radicale, pas nécessairement la meilleure. Au décès du premier, l’autre est réputé avoir toujours été seul propriétaire, ce qui écarte totalement les héritiers du défunt, y compris ses enfants d’une précédente union. Son revers est l’absence de sortie : tant que les deux vivent, aucune vente ni aucun partage n’est possible sans accord unanime, ce qui peut piéger un couple qui se sépare. Elle se réserve donc aux situations où la protection du survivant primerait sur tout le reste.

Notre méthode. Cet article est rédigé par la rédaction de Banque.fm à partir du cadre réglementaire français en vigueur et des pratiques courantes du secteur bancaire. Les montants et plafonds cités sont ceux fixés par la réglementation ; les taux et tarifs commerciaux évoluent et doivent être vérifiés auprès de l'établissement avant toute décision. Banque.fm publie une information générale et ne délivre ni conseil en investissement, ni recommandation personnalisée.

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