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Faut-il clôturer un vieux PEL ou continuer à le garder ?

Un PEL ancien conserve un taux garanti à vie, mais le moindre retrait le ferme définitivement : voici comment peser ce que vous perdez et gagnez à chaque option.

Dossier ancien entrouvert et petite maison en bois posés sur une table en chêne

Vous détenez un plan d'épargne logement ouvert il y a dix, quinze, parfois vingt-cinq ans. Vous n'y versez plus rien depuis longtemps, le projet immobilier qui l'avait justifié s'est réalisé autrement ou ne s'est jamais concrétisé, et une question revient à chaque rendez-vous bancaire : faut-il le fermer ? Votre conseiller vous y encourage peut-être, et ce n'est pas toujours dans votre intérêt.

Car un vieux PEL n'est pas un produit comme les autres. Son taux de rémunération a été fixé le jour de l'ouverture, par contrat, et il ne bougera plus jamais : certains plans anciens rapportent ainsi durablement plus que la plupart des placements sans risque disponibles aujourd'hui. Mais il a aussi des défauts bien réels : une fiscalité qui s'alourdit avec l'âge du plan, l'impossibilité totale de faire un retrait partiel, et, pour les plans les plus récents, une date de disparition programmée.

Ce guide passe en revue tout ce qui pèse dans la balance : ce que devient un PEL au fil des années selon sa date d'ouverture, la fiscalité qui s'applique réellement aux intérêts, la valeur résiduelle des droits à prêt, et une méthode simple pour décider, garder, clôturer, ou utiliser le plan autrement.

Que devient un PEL au fil des années ?

Un plan d'épargne logement vit en plusieurs phases, et c'est la date d'ouverture qui détermine le scénario. Pendant les dix premières années, vous pouvez alimenter le plan, dans la limite du plafond de versements. Au dixième anniversaire, les versements deviennent impossibles, mais le plan ne s'arrête pas pour autant : il continue de produire des intérêts au taux fixé le jour de l'ouverture. C'est la suite qui diffère radicalement selon la génération du plan.

Le destin d'un PEL selon sa date d'ouverture
Génération du planVersements possiblesDurée de vieSort final
Ouvert avant mars 2011Jusqu'au 10ᵉ anniversaireIllimitéeVit tant que vous ne le fermez pas, au taux contractuel
Ouvert de mars 2011 à fin 2017Jusqu'au 10ᵉ anniversaire15 ans maximumTransformé d'office en livret bancaire ordinaire
Ouvert depuis 2018Jusqu'au 10ᵉ anniversaire15 ans maximumMême transformation, avec une fiscalité dès la première année

Dans tous les cas, le taux de rémunération du plan reste celui inscrit au contrat le jour de l'ouverture, jamais celui en vigueur aujourd'hui.

Cette différence de génération est la première chose à vérifier, car elle change complètement l'urgence de la décision. Le détenteur d'un plan d'avant mars 2011 n'a aucune échéance devant lui : son PEL vivra aussi longtemps qu'il le souhaite. Celui d'un plan plus récent, au contraire, connaît déjà la date de fin : au quinzième anniversaire, la banque transférera le capital et les intérêts vers un livret ordinaire, fiscalisé, dont elle fixera librement le taux. Le fonctionnement de base du plan, ouverture, versements, durée minimale, est détaillé dans notre guide pour ouvrir un PEL et comprendre ses règles.

Pourquoi un vieux PEL peut valoir de l'or

Le grand atout d'un plan ancien tient en une phrase : son taux a été fixé à une époque où les taux étaient plus élevés, et ce taux est garanti par contrat jusqu'à la clôture. Là où le rendement d'un livret réglementé est révisé régulièrement par les pouvoirs publics, et où celui d'un livret bancaire change à la discrétion de l'établissement, le PEL est figé. Un plan souscrit dans les années quatre-vingt-dix ou au début des années deux mille peut ainsi servir, année après année, une rémunération sans risque qu'aucun produit équivalent n'offre à l'ouverture aujourd'hui.

Il y a toutefois un revers, et il est double. D'abord, l'argent est immobilisé : un PEL ne permet aucun retrait partiel, comme on le verra plus loin. Ensuite, le raisonnement s'inverse pour les plans récents : un PEL ouvert ces dernières années porte un taux fixé en période de taux bas, parfois inférieur à celui des livrets réglementés actuels. Pour ces plans-là, la question n'est pas « ai-je un trésor ? » mais « ce plan me servira-t-il un jour à emprunter ? ».

Quelle fiscalité s'applique aux intérêts d'un PEL ancien ?

C'est le point qui érode silencieusement l'avantage des vieux plans, et il dépend à la fois de la date d'ouverture et de l'âge du plan. Les prélèvements sociaux s'appliquent dans tous les cas : aucun PEL n'y échappe. L'impôt sur le revenu, lui, obéit à un système de générations. Pour les plans ouverts avant 2018, les intérêts en sont exonérés jusqu'au douzième anniversaire du plan ; au-delà, ils deviennent imposables chaque année. Pour les plans ouverts depuis 2018, les intérêts sont imposés dès la première année, au prélèvement forfaitaire unique par défaut ou au barème sur option.

  • Avant le 12ᵉ anniversaire (plans d'avant 2018) : seuls les prélèvements sociaux s'appliquent, le taux contractuel est peu entamé.
  • Après le 12ᵉ anniversaire : les intérêts entrent chaque année dans le champ de l'impôt sur le revenu, en plus des prélèvements sociaux.
  • Plans ouverts depuis 2018 : imposition dès la première année, sans période d'exonération.
  • Le taux servi reste le taux brut du contrat : c'est votre rendement net qu'il faut recalculer, pas le taux affiché.
  • Les règles et taux d'imposition évoluent : vérifiez le régime en vigueur avant toute décision, notamment l'option entre prélèvement forfaitaire et barème.

La conséquence pratique est importante : un vieux PEL au taux contractuel élevé reste souvent intéressant même après impôt, mais l'écart avec les alternatives se resserre une fois le plan fiscalisé. Le calcul doit toujours se faire en net : taux du contrat, moins prélèvements sociaux, moins impôt sur le revenu le cas échéant. Les différences de régime entre générations de plans, avec leurs taux et leurs primes, sont décryptées dans notre article sur le PEL selon sa date d'ouverture.

Retrait partiel impossible : la règle qui change tout

C'est la caractéristique la plus mal connue du produit, et celle qui provoque le plus de mauvaises surprises. Un PEL ne fonctionne pas comme un livret : il est impossible d'y prélever une partie des fonds. Tout retrait, quel qu'en soit le montant, entraîne la clôture définitive du plan. Il n'existe ni retrait exceptionnel, ni avance, ni déblocage partiel, même pour financer le projet immobilier auquel le plan était destiné.

Cette rigidité a une conséquence directe sur la place du PEL dans votre épargne : il ne peut pas servir d'épargne de précaution. L'argent dont vous pourriez avoir besoin rapidement doit rester sur des supports liquides, livrets réglementés en tête. Le PEL, lui, n'a de sens que pour de l'argent dont vous êtes certain de ne pas avoir besoin, ou que vous destinez à un projet daté. Si votre épargne liquide déborde déjà, notre guide sur où placer son argent quand le Livret A est plein complète utilement la réflexion.

Les droits à prêt d'un vieux PEL valent-ils encore quelque chose ?

Le PEL n'est pas qu'un produit d'épargne : chaque année d'intérêts acquis génère des droits à prêt, c'est-à-dire la possibilité d'emprunter pour un projet immobilier à un taux lui aussi fixé le jour de l'ouverture du plan. Et c'est là que le raisonnement s'inverse par rapport à l'épargne : plus le taux d'épargne du plan est élevé, plus le taux du prêt associé l'est aussi. Les deux sont liés par le contrat.

Ce que valent les droits à prêt selon le contexte

Quand les taux du marché sont bas

  • Le prêt épargne logement d'un vieux plan coûte plus cher qu'un crédit classique.
  • Les droits à prêt ne valent alors rien : mieux vaut emprunter au marché.
  • Le plan garde son intérêt uniquement comme placement rémunéré.
  • La prime d'État éventuelle reste liée à la réalisation d'un prêt.

Quand les taux du marché remontent

  • Un taux de prêt contractuel ancien peut repasser sous les taux du marché.
  • Les droits à prêt retrouvent une valeur réelle pour un achat ou des travaux.
  • Ils peuvent être cédés à certains proches, sous conditions, pour renforcer leur projet.
  • Clôturer le plan ferait perdre définitivement cette option.

Deux précisions complètent ce tableau. D'abord, les droits à prêt ne s'exercent pas seulement pour acheter : selon les règles applicables au plan, ils peuvent financer des travaux dans la résidence principale. Ensuite, la prime d'État, pour les générations de plans qui y ouvrent encore droit, n'est versée que si un prêt épargne logement est effectivement souscrit. Un plan clôturé sans prêt abandonne donc cette prime. Vérifiez auprès de votre banque si votre génération de plan y est éligible et à quelles conditions : les règles diffèrent selon la date d'ouverture.

Votre banque peut-elle vous pousser à fermer votre vieux PEL ?

Un plan ancien à taux élevé coûte cher à l'établissement qui le porte : il rémunère votre épargne au-dessus des conditions actuelles du marché. Il n'est donc pas rare qu'un conseiller suggère, avec insistance, de « faire le point » sur ce vieux produit et de réorienter les fonds vers d'autres placements. La proposition n'est pas illégitime en soi, certains arbitrages sont pertinents, mais elle mérite d'être examinée avec la conscience claire de qui y gagne quoi.

Ce que la banque ne peut pas faire : clôturer votre plan sans votre accord, ni en modifier le taux contractuel. Tant que le plan respecte ses règles de fonctionnement, il continue. Les cas de clôture qui s'imposent à vous sont limités : un retrait de votre part, l'arrivée du quinzième anniversaire pour les plans ouverts depuis mars 2011, ou le non-respect du versement minimal annuel pendant la phase d'alimentation du plan, un point qui ne concerne plus les plans de plus de dix ans, puisque les versements y sont clos. Face à une recommandation de clôture, demandez toujours une comparaison écrite et chiffrée en net, et prenez le temps de la vérifier.

Comment décider : la méthode en cinq questions

La bonne décision ne dépend pas d'une règle universelle mais de votre situation. Ces cinq questions, prises dans l'ordre, suffisent à trancher la plupart des cas.

Cinq questions avant de clôturer un vieux PEL

  1. De quelle génération est votre plan ?

    Retrouvez la date d'ouverture sur un relevé. Avant mars 2011 : aucune échéance, vous décidez librement. Depuis mars 2011 : la transformation en livret ordinaire au quinzième anniversaire fixe l'horizon de votre réflexion.

  2. Quel est son taux contractuel net ?

    Prenez le taux du contrat, retranchez les prélèvements sociaux et, si le plan a plus de douze ans ou date d'après 2018, l'impôt sur le revenu. C'est ce rendement net qu'il faut comparer aux alternatives sans risque du moment.

  3. Ce rendement net bat-il vos alternatives ?

    Comparez avec les livrets réglementés et vos autres placements sécurisés, aux conditions en vigueur au jour de la comparaison. Si le PEL fait mieux, le garder est un choix rationnel ; s'il fait moins bien, passez à la question suivante.

  4. Un projet immobilier est-il envisageable ?

    Achat, travaux dans la résidence principale, ou projet d'un proche à qui céder vos droits : si les taux de marché dépassent le taux de prêt de votre contrat, les droits à prêt ont une vraie valeur qu'une clôture détruirait.

  5. Avez-vous besoin de cet argent ailleurs ?

    Rembourser un crédit coûteux, financer un projet certain, rééquilibrer une épargne trop immobilisée : un besoin réel et daté justifie une clôture, même d'un bon plan. Un simple sentiment de « faire du ménage » ne le justifie pas.

Vos questions fréquentes

Q1 Mon PEL a plus de 10 ans, puis-je encore verser dessus ?
Non. Le dixième anniversaire du plan clôt définitivement la phase de versements, quelle que soit la génération du PEL. Le plan continue en revanche de produire des intérêts sur le capital accumulé, au taux fixé dans votre contrat : indéfiniment pour un plan ouvert avant mars 2011, jusqu'au quinzième anniversaire pour un plan ouvert depuis. Si vous souhaitez continuer à épargner, il faudra le faire sur un autre support, sans toucher au PEL, sous peine de le clôturer.
Q2 Que devient concrètement mon PEL à son quinzième anniversaire ?
Pour un plan ouvert depuis mars 2011, la banque le transforme automatiquement en livret d'épargne ordinaire : le capital et les intérêts y sont transférés, mais le taux garanti disparaît au profit d'un taux librement fixé par l'établissement, généralement bien plus faible, et les intérêts deviennent fiscalisés comme ceux de n'importe quel livret bancaire. Les droits à prêt encore utilisables ont eux-mêmes une durée limitée après la fin du plan. Anticipez cette échéance environ un an à l'avance pour décider de la destination des fonds.
Q3 Puis-je retirer une partie de mon PEL pour un imprévu ?
Non, et c'est la règle la plus importante à connaître : le retrait partiel n'existe pas sur un plan d'épargne logement. Tout prélèvement, même minime, entraîne la clôture définitive du plan, avec la perte du taux contractuel et des droits à prêt. Si vous anticipez des besoins ponctuels de trésorerie, conservez une épargne de précaution sur des livrets liquides et ne considérez jamais votre PEL comme une réserve disponible.
Q4 Ma banque peut-elle fermer mon vieux PEL sans mon accord ?
Non. Tant que le plan respecte ses règles de fonctionnement, la banque ne peut ni le clôturer unilatéralement, ni en modifier le taux contractuel. Les seules clôtures qui s'imposent à vous sont celles prévues par la réglementation : l'arrivée du quinzième anniversaire pour les plans ouverts depuis mars 2011, ou un retrait de votre part. Si un conseiller vous presse de fermer un plan ancien, demandez une comparaison écrite et chiffrée en rendement net avant toute signature, et souvenez-vous que rien ne vous y oblige.
Q5 Puis-je transférer mon vieux PEL dans une autre banque sans le perdre ?
Oui, le transfert d'un PEL vers un autre établissement est possible et préserve toutes ses caractéristiques : date d'ouverture, taux contractuel, antériorité fiscale et droits à prêt. Il suppose l'accord de la banque d'arrivée, et l'opération est généralement facturée par la banque de départ, vérifiez le tarif dans sa brochure avant de lancer la démarche. C'est la solution à privilégier si vous changez de banque : ne clôturez jamais un vieux plan au seul motif que vous quittez l'établissement.
Q6 Les droits à prêt de mon PEL peuvent-ils servir à mes enfants ?
Sous conditions, oui. Les droits à prêt d'un plan peuvent être cédés à certains membres de la famille, notamment enfants, petits-enfants, parents, à condition en principe que le bénéficiaire détienne lui-même un plan ou un compte épargne logement depuis une durée minimale. Les règles précises dépendent de la génération des produits concernés : faites établir le détail par la banque avant de promettre quoi que ce soit. Cette cession peut donner une vraie valeur familiale à un vieux plan dont vous n'avez plus l'usage.

Notre méthode. Cet article est rédigé par la rédaction de Banque.fm à partir du cadre réglementaire français en vigueur et des pratiques courantes du secteur bancaire. Les montants et plafonds cités sont ceux fixés par la réglementation ; les taux et tarifs commerciaux évoluent et doivent être vérifiés auprès de l'établissement avant toute décision. Banque.fm publie une information générale et ne délivre ni conseil en investissement, ni recommandation personnalisée.

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